« À partir de quel chiffre d'affaires faut-il passer en société ? » Il n'existe pas de seuil unique : la réponse dépend de vos frais réels, de la rémunération dont vous avez besoin et de la protection sociale que vous visez. On peut en revanche poser les chiffres. Voici une comparaison sur trois niveaux de chiffre d'affaires, avec les taux 2026.
Deux logiques d'imposition différentes
En micro-entreprise, tout se calcule sur le chiffre d'affaires encaissé : des cotisations à un taux fixe, puis l'impôt sur le revenu après un abattement forfaitaire. Les frais réels ne sont pas déduits.
En SASU, la société paie l'impôt sur les sociétés sur son bénéfice, c'est-à-dire après déduction de ses frais réels : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %, le taux réduit étant soumis à conditions. Le président se rémunère ensuite :
- par un salaire, soumis aux cotisations du régime général (assimilé salarié). C'est coûteux, mais cela ouvre des droits à la retraite, à la maladie et à la prévoyance ;
- par des dividendes, prélevés sur le bénéfice après impôt et soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). Ils ne donnent aucun droit social.
Hypothèses de l'exemple
- Consultant en BNC (SSI) : cotisations de 25,6 % et formation professionnelle de 0,2 %, abattement de 34 %, plafond de la micro à 83 600 €.
- Personne seule, sans autre revenu ; impôt au barème 2026 hors décote, sans prélèvement libératoire.
- SASU sans salaire, bénéfice entièrement distribué en dividendes au PFU, sans ACRE. C'est le calcul de notre simulateur freelance en mode SASU avec 0 % de rémunération. Une seconde ligne ajoute 3 000 € de frais de fonctionnement annuels : c'est une hypothèse (expert-comptable, banque, assurance), à remplacer par vos devis.
Résultats en micro-entreprise
| 30 000 € de CA | 60 000 € de CA | 90 000 € de CA | |
|---|---|---|---|
| Cotisations + formation pro. (25,8 %) | 7 740 € | 15 480 € | — |
| Impôt au barème (hors décote) | 902 € | 4 984 € | — |
| Revenu net micro | 21 358 € | 39 536 € | impossible (> plafond) |
Résultats en SASU (dividendes uniquement)
| 30 000 € de CA | 60 000 € de CA | 90 000 € de CA | |
|---|---|---|---|
| Bénéfice avant impôt | 30 000 € | 60 000 € | 90 000 € |
| Impôt sur les sociétés (15 % puis 25 %) | 4 500 € | 10 750 € | 18 250 € |
| Dividendes bruts | 25 500 € | 49 250 € | 71 750 € |
| PFU 31,4 % | 8 007 € | 15 465 € | 22 530 € |
| Revenu net SASU (sans frais) | 17 493 € | 33 786 € | 49 221 € |
| Revenu net SASU (avec 3 000 € de frais) | 15 744 € | 32 242 € | 47 677 € |
Ce que montrent les chiffres
- À 30 000 €, la micro laisse 21 358 € contre 17 493 € en SASU, même sans frais de structure. L'impôt sur les sociétés plus le PFU pèsent davantage que les cotisations plus l'impôt au barème.
- À 60 000 €, l'écart reste en faveur de la micro (39 536 € contre 33 786 €). Mais la SASU sans salaire ne cotise à rien : aucune retraite, pas d'indemnités journalières. La micro, elle, ouvre ces droits.
- À 90 000 €, la question ne se pose plus pour une activité de services : le plafond de 83 600 € est dépassé, et deux années consécutives au-dessus font sortir du régime. La SASU laisse alors 49 221 € dans ces hypothèses, avant toute rémunération.
Le vrai déclencheur : vos frais réels. Cet exemple suppose un consultant sans dépenses. Plus vos dépenses professionnelles réelles (matériel, sous-traitance, déplacements, logiciels) dépassent l'abattement forfaitaire de la micro (34 % du CA en BNC, 50 % en services BIC), plus la société devient intéressante. En SASU, ces frais réduisent le bénéfice imposable ; en micro, ils ne réduisent rien.
Et avec un salaire ?
La plupart des présidents de SASU combinent salaire et dividendes pour se constituer des droits sociaux. Chaque euro de salaire supporte des cotisations patronales et salariales nettement plus élevées que les 25,6 % du micro-entrepreneur : le revenu net baisse, mais la protection s'améliore. Le simulateur freelance propose plusieurs parts de rémunération. Ses taux de charges sont des moyennes approximatives : faites valider le montage par un expert-comptable avant de vous décider.
Les autres différences à ne pas oublier
- Gestion : le micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre, tient un livre des recettes (et un registre des achats pour la vente) et émet des factures conformes. Une SASU tient une comptabilité complète et établit des comptes annuels, d'où les frais d'expert-comptable.
- Trésorerie : en micro, tout le bénéfice vous revient l'année même et il est imposé. En SASU, le bénéfice après impôt sur les sociétés peut rester dans la société, et n'est soumis au PFU que lorsqu'il est distribué.
- Calendrier : les cotisations du micro-entrepreneur suivent les encaissements, alors qu'en société les charges sociales suivent les salaires versés.
Quand refaire le calcul
- Votre chiffre d'affaires approche le plafond de la micro (83 600 € en services, 203 100 € en vente).
- Vos frais réels dépassent durablement l'abattement forfaitaire.
- Votre ACRE se termine (voir notre guide ACRE 2026).
- Vous voulez lisser vos revenus, laisser de la trésorerie dans la société ou améliorer votre protection sociale.
- Vous dépassez les seuils de franchise de TVA : c'est indépendant du statut, mais cela change vos prix (voir le guide de la franchise en base de TVA).
Sources officielles
- Bpifrance Création — Le régime social du micro-entrepreneur
- entreprendre.service-public.gouv.fr — Impôt sur les sociétés (F23575)
- entreprendre.service-public.gouv.fr — Le PFU passe à 31,4 % (A18796)
- entreprendre.service-public.gouv.fr — Seuils de chiffre d’affaires (F32353)
- service-public.gouv.fr — Barème de l’impôt sur le revenu (F1419)
Exemples indicatifs, calculés avec les barèmes en vigueur au 12/10/2026. Ils ne remplacent pas l'avis d'un professionnel (expert-comptable, notaire, Urssaf, service des impôts) pour votre situation.